dimanche 2 septembre 2007

Le Vert et le Noir : duo pyramidal pandan et sésame noir – ou : non, rien de rien, non, je ne lâcherai rien

Comme les commentaires le font constater, cette dernière semaine a été fortement marquée par l’émotion verte du Pandan gravant ainsi dans le marbre digital la dimension fondamentalement/ intrinsèquement/ incommensurablement/ éléphantesquement gigantesque que prend cette Affaire.





Tandis qu’une certaine M-C DV replace la substance divine dans son contexte historico-littéraire, d’autres se laissent frénétiquement enivrer par l’idée même de la chose – phénomène caractéristique de l’addiction naissante.

Ne voulant être cause d’aucun épiphénomène tragique –la tragédie grecque finissante (ou à venir dès la semaine prochaine, mais il paraît qu’on ne lave pas son linge tendencieusement crasseux sur les bords en public) me suffit amplement– je souhaite redonner une petite dose narcotique à ceux qui en éprouverait l’appétit.

Que les pandanomanes se rassurent cependant, ce pandan (je sais, mais bon il fallait bien la faire une fois) sera incessamment au cœur des débats internationaux, grâce à la création du GCDAFEMDP (Grand Comité Des Adorateurs/trices Fabriqueurs/euses Eux/Elles-Mêmes De Pandan–notez la masculinisation opérée) –parce que y’a pas que l’affaire Voici et les bourrelets de Mr notre Président miraculeusement gommés qui compte, quand même.
A ce propos, j’ai émis l’idée, pour l’acte inaugural du Grand Comité, de déposer une proposition à l’Assemblée - Objet : « Cure de Pandan obligatoire pour rentrée en fanfare »

Bref, je ne pouvais décemment rester sur un simple point proustien ; il en fallait plus, du rocambolesque, de l’aventure, de l’émotion – et comme disait l’autre moineau : « non, rien de rien […], d’où : je ne lâche rien sur le pandan, et déclare donc ouverte la session stendhalienne extraordinaire : Le Vert et le Noir.

Messages personnels très très multiples très très variés, mais assez cohérents si on reste bien focus :
- LeCookieMasqué remercie loukoum°°° de l’avoir promotionné avec sa petite recette (Tronche de) Cake after eight (inspiré d’une période un poil vietnamo-délirante et des muffins after eight d’alors) – oui, je parle de moi à la 3ème personne, comme Delon, ça pose un problème ? A moins que ne s’opère un probable dédoublement entre mon avatar et moi-même ? Dès lors, si je ne suis pas celle qui prétend écrire ici, qui suis-je ? Et surtout, comment écrire après tel examen de conscience méta-pata-web2.0-physique ? *** voir note en annexe
- Merci, donc, car cela m’a refait voguer sur ses jolies pages japonisantes, stimulant ainsi mon projet sans cesse remis aux calanques grecques (décidément, mes origines régurgitent) d’utilisation de ma pâte de sésame noire récemment acquise chez Tang
- Merci à mon stage finissant pour le prêt –oui, oui, je vais les rendre vendredi- de petits moules en silicones assez génialissimes dans leur genre (mais y a-t-il seulement des moules en silicone nazes ? ah si, ceux à cannelés – totalement hors course), et de colorant alimentaire noir – et … ok, stop.
- Merci à mes chères collègues celsiennes d’accepter sans rechigner de tester ces petites choses dès notre grande réunion de retrouvailles/adieux/commérages de lundi.
- Merci à toi, Mr Blogspot, sans qui je ne serai pas là aujourd’hui –Maman, si tu pouvais me donner signe de vie, ce serait chouette ; parce que Mr Blogspot et moi, on est pas si intimes que ça, en fait.
- Merci à Mr Sadaharu Aoki, Maître non pas La Dua mais Matcha, de m’avoir inspiré pour la base de la recette qui suit – ça arrive, ça arrive.

DONC, procédant par associations d’idées dans une dynamique pleinement constructiviste, je me suis lancée dans la réalisation d’un duo pyramidal au sésame noir et au pandan, sur une base de recette de financiers. Sauf que, ici, le foisonnement intellectuel engendré par la pandanomanie décale un peu les bases ; ainsi se retrouve-t-on avec des sortes de financiers au pandan assez normaux finalement, et avec des sortes de financiers au sésame noir où la poudre d’amande a été allègrement remplacée par de la noix de coco râpée.

Verdict :

Je suis assez absurde en général, et ici en particulier– puisque j’ai quelques tourments avec le trop plein de beurre et, précisément, le beurre, c’est un peu le centre du monde financier –sans compter la poudre d’amande et la noix de coco. D’où mon embarras d’appréciation. Mais puisque vous me mettez le couteau sous la gorge, je dirai que ceux au pandan, bien que splendides, sont trop gras et que le goût de l’amande couvre un peu la saveur exquise. En revanche, ceux au sésame noir sont assez divins, bien croustillants à l’extérieur, tout moelleux dedans, délicatement parfumés, bien équilibrés entre sésame noir et noix de coco … et étonnamment bien moins gras que leurs colègues, malgré la pâte de sésame.

En attente de commentaires plus objectifs dès demain, je vous laisse avec la recette.



Duo Financièrement Pyramidal Sésame noir Pandan

(très librement adapté de la recette de financiers au matcha d’Aoki, paru dans Régal en novembre 2006)

70 grammes de blanc d’œuf
70 g de sucre 65 g de beurre23 g de poudre d’amande
23 g de noix de coco râpée
25 g de farine
7 g d’extrait de pandan (une cs rase)
15g de pâte de sésame noir
2 gouttes de colorant alimentaire noir

Préchauffer le four à 180°C.

- Mélanger le blanc d’œuf et le sucre sans faire mousser, et diviser en 2.
- Version pandan : tamiser la poudre d’amande et la farine. Ajouter à la moitié des blancs.
Chauffer 35g de beurre (théoriquement à 80° … )et ajouter l’extrait de pandan. Ajouter au mélange et bien mélanger pour émulsifier « comme une mayonnaise »
- Version sésame noir : tamiser la noix de coco râpée et la farine. Ajouter à l’autre moitié des blancs.
- Chauffer 30 g de beurre, ajouter la pâte de sésame noire et les 2 gouttes de colorant alimentaire noir. Bis repetita : ajouter au mélange et bien mélanger pour émulsifier.
- Chauffer précautionneusement les pâtes à 40°C (mouais…) et remplir les moules aux ¾.
- Enfourner 13 minutes pour la version pandan, 15 pour la version sésame (plus liquide)

Enjoy
froids ou tièdes, ou les réserver pour votre grande réunion du lundi.

***

Et puisque, décidément, je ne lâche rien sur le pandan, juste une petite photo de mes tout premiers macarons, une version test réalisée au bureau : coque au pandan et ganache pamplemousse. Jolis, certes, mais vraiment pas bonse. Coque trop sucrée, pas assez pandannée, ganache trop lourde et trop amère (d'où : pas de recette). Mais quand même, beaux, non ?

*** Et puisque j'ai encore envie de parler - et que de toute façon, personne ne lit jusque là - je conclue ces digressions par un petit match Proust vs Stendhal au rayon optique 2000, histoire d'en finir. Les votes sont ouverts.
Proust : « L’ouvrage d’un écrivain n’est qu’une espèce d’instrument optique qu’il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que sans le livre il n’eût peut-être pas vu en soi-même» (Le temps retrouvé)
Stendhal : « Un roman, c'est un miroir que l'on promène le long d'un chemin » (Le Rouge et le Noir)
Sachant par ailleurs, que "En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même", LeCookie a besoin d'aide pour retrouver son masque, moi je sais plus.

15 commentaires:

Lisanka a dit…

J'aime beaucoup. La douceur sucrée comme le style :-)

choumie a dit…

Tu as finalement trouver de l'extrait de pandan ??? L'arôme pandan trouvé chez Tang est assez fort et je préfère broyer des feuilles de pandanus pour obtenir un nectar moins fort mais plus subtil. J'ai justement de la pâte noir de séame donc je ne savais pas encore quoi faire, je vais faire sensation en essayant ta recette !!
Je suis aussi fan du pandan Et en particulier du pandan chiffon cake. Il y a une vidéo très intéressante sur cette recette d'ailleurs sur Youtube.

Bulle a dit…

Si moi j'ai bien tout lu jusqu'au bout, même que j'étais pétée de rire et même que ta dernière citation m'a donné mal au crâne pour la blonde que je suis !
En tout cas j'aime beaucoup la tête de ton duo (même si le pandan et moi...).

bergeou a dit…

J'ai aussi de la pâte de sésame noir en plus de l'extrait de pandan naturel, allez encore une recette à tester !
Moi aussi j'ai tout lu jusqu'au bout !

loukoum°°° a dit…

Très chouette session stendhalienne extraordinaire même si comme toi j'aime le beurre quand son gout se fait oublier... et là première fois que j'ai fait des financiers j'ai pas du tout aimé à cause de ce gout de beurre. Mais ensuite j'ai découvert la recette de Lilo. Donc même si Aoki est une sorte de maitre pour moi, je te la refile quand même, sait on jamais: http://www.cuisine-campagne.com/index.php?2007/04/09/238-financiers-a-la-pistache-et-a-la-griotte

Sinon je vois qu'au bureau on s'amuse bien, manque de pot mon bureau (même si il est chez moi) est différent et nettement moins mageable que le tiens (surtout en ce moment).

Le Cookie Masqué a dit…

Et bien je vois que tout le monde est studieux ... sauf Choumie, qui se fait piquer en flagrant délit de pas-lu-jusqu'au-boutisme de la dernière leçon de Maître La Dua !
Ah, si ma chère collègue et néanmoins amie savait ça ... elle a qui j'ai rendu un hommage vibrant pour m'avoir rapporté des réserves d'extrait de pandan pour l'hiver rude qui s'annonce :-)

De nouveau, cession spécial merci multiples et variés :
-pour avoir lu jusqu'au bout
-pour avoir lu un peu
-pour la recette des financiers, que je garde sous le coude (étrange expression)

Et puis oui, c'est vrai qu'au boulot on s'amuse assez bien ... D'ailleurs, demain je dois finir ma tournée de macaron test au pandan avec une ganache toute simple toute chocolat. ça fait du bien d'aimer les lundis. mais c'est fini dès vendredi - génération précaire/fin de stage/retour à l'école des hautes études en connerie :-(

R.D. a dit…

Le vers et Lenoir.

Lenoir est assez jeune encore, la trentaine à peine plus. Il nous semble tout à fait nécessaire de préciser ce qui peut après tout paraître à d’autres assez futile, en l’occurrence la datation de cet individu. Celle-ci en effet donne une idée, intéressante quoique bien vague, des événements historiques vécus par Lenoir. C’est-à-dire, à part l’ouverture d’un Pat’à pain dans la banlieue sud de Tulle, peu de choses finalement. Peu importe, n’est pas historien qui veut.
Après tout, la bourse offre bien d’autres souvenirs, tout aussi riches d’enseignements sur la nature humaine. Car Lenoir est un financier redouté : il est sorti blanchi d’une sale affaire d’espionnage financier. C’est un type respecté parmi ses semblables, un type qu’on écoute dans toutes les places financières, durant toutes les crises boursières. Lenoir appartient à cette catégorie de personnes qui semblent pouvoir éclairer la terre entière de leurs lumières. Il aurait dû rester heureux toute sa vie, Lenoir. Dans cet état d’inconscience gaie et ludique, où chaque jour est absolument nouveau et différent du précédent. Et pourtant…

Et pourtant… (Musique) (ô tiens une petite chanson, quelle bonne idée !! Allez le reste on le fait en musique. Tenez à votre disposition près de vous et utilisez-les quand précisé :
1 guitare, 3 violons, une vieille calebasse, un grand porte-plume, un sombre héro, un pré vert, un Vent-terre. Pour le reste, vous connaissez la musique : comme d’habitude.)

Alors voilà, Lenoir est tombé amoureux d’un type du FBI. (Timbales)
Evidemment tout se complique, et pas seulement les repas dominicaux en famille. (Les trois violons jouent lentement)
Car il s’agit désormais de déclarer sa flamme au garçon en question sans laisser croire un seul instant à une tentative de détournement de fonds. (Vieille calebasse en bandoulière)
Lenoir, après avoir bien réfléchi, s’est dit que la meilleure solution, c’était d’écrire un poème. (Reprendre le thème aux timbales)
Un poème en vers, cela va de soi.
Lenoir, après de longues heures passées à fixer une rainure dissymétrique imprimée sur le papier peint du bureau, trouve son premier vers : « Quand ces âmes peinent à s’ouvrir, et leur large gueule à se refermer »… (Grand porte-plume suspendu au plafond)
Lenoir est mécontent. Il trouve qu’écrire un poème prend bien du temps. Pour s’aider, il sort une vieille bouteille de whisky, et s’offre un verre. Puis deux. (Violons couinent)
Pour la première fois de sa vie, Lenoir ne sait plus. Il se sent perdu dans le noir le plus total, comme jeté au fond d’un puits les yeux bandés. Il tâtonne. Il sent bien qu’un ver est entré dans la pomme et la ronge, mais laquelle de mon panier ? (Triolets à la guitare, mais sans Elsa)
Déjà, à la Bourse, les esprits s’échauffent : « Tomber amoureux ? C’est bien là le pendant du financier, ça… Et les cotations CAC 40 de la semaine, qui est-ce qui les édite ?? » piaffe le supérieur hiérarchique alors de Lenoir. (Vieille calebasse six pieds sous terre)
Alors, un lundi, envers et contre tous, Lenoir décide d’entrer dans une de ces larges et belles boutiques « AS des astres » (vous savez, les pâtisseries et autres inventions culinaires gréco-vietnamo-parisiano-délirantes…. Mais si… Ne niez pas, vous connaissez forcément.).
Là, il goûte une petite pyramide étrange, dont le vert pétaradant l’offusque.
Et enfin, enfin, Lenoir entraperçoit la suite du poème. (Tous les instruments, dans un grand élan de générosité)
Il consacre ce dernier à la description des effets bienfaiteurs de l’utilisation du vert en pâtisserie. Le type du FBI, qui se contrefout de l’œil et de l’esprit, ne comprend rien au poème, et décide alors de partir rendre visite à sa grand-mère à Périgueux.
Peu importe désormais, puisque Lenoir a trouvé sa raison de vivre : savourer des duos pyramidaux pandan-sésame noir en composant des vers…

Easy kitchen a dit…

encore un blog où je ne comprends rien où les mots font plus de 10 lettres où l'on parle de produits exotiques du nom de Pandan ... Que l'on me dise Sésame, Aoki... je comprends mais qu'en plus on cite des auteurs français dans le texte en même temps. Incroyable... mais je reviendrai quand même juste pour ma culture personnelle. merci pour ton message le cookie masqué

Le Cookie Masqué a dit…

r.d. : je te dis rien, tu sais ce que j'en pense
easy kitchen: re-merci. mais t'as pas l'air d'être blonde pourtant, c'est étrange. et drôle à la fois. donc un 3ème merci.
Quelqu'un d'autre veut un merci, je suis d'humeur assez remerciante là

bonheursdesophie a dit…

Aussi été jusqus'au bout ;-)
très jolis tes petites pyramides bicolores. J'ai le pandan, je devrais essayer

auré a dit…

Pour une première, chapeau bas pour les macarons!!!! Ils sont esthétiquement plus que corrects! ;-)
Je ne connais pas le pandan et sa couleur psychédélique est un peu ahurissante, j'adore le sésame noir et ne parvient pas en trouver par ici!

stef a dit…

tes premiers macarons sont une vraie réussite!! peut-être qu'un jour j'oserais....

Denis Reau a dit…

Vous êtes là, à vous extasier, tous autant que vous êtes. Vous glosez, vous n’en finissez plus de vous perdre en commentaires sur des inventions culinaires que vous n’avez pas même goûtées. Oh oui je sais bien ce que vous vous apprêtez à me rétorquer : vous allez, si ce n’est déjà fait, les cuisiner vous-mêmes. Vous passerez du temps à refaire ce que des mains expertes ont concocté, ce qu’un esprit (presque) tout entier tourné vers la préparation de nouveaux délices a imaginé.
Mais, chers lecteurs, attendez au moins que je vous décrive en toute objectivité comment tout cela se laisse déguster, non pas les pâles copies ultérieures, mais bien les originaux, les premiers les seuls, les vrais. Les prototypes, inouïs de créativité, invraisemblables de génie inventif. Oui, je pèse mes mots : pour le moment 36 Ko très exactement.
ET NE ME DITES PAS QUE VOUS FAITES MIEUX, CE SERAIT ME MENTIR, ET ÇA JE NE LE PARDONNERAI JAMAIS, JAMAIS VOUS M’ENTENDEZ ????
Alors voilà, avant de goûter par vous-mêmes quelques-unes de ces merveilles, (peut-être un jour qui sait ?), un petit aperçu de ce que cela peut donner.

Imaginez… Nous sommes un lundi, lendemain de dimanche, premier jour de la semaine, fin d’après-midi ensoleillée, des poubelles noires roulent dans la cour en faisant sursauter chacun des pavés. Il ne fait ni chaud ni froid, c’est-à-dire qu’on enlève volontiers son pull, avant de le regretter amèrement, sans pour autant se résoudre vraiment à signer l’entrée en automne (que dis-je, en hiver) par l’humble reconnaissance des bienfaits d’un pull. Une flemme saisissante nous empêchera donc de le remettre avant le fatidique moment du départ.
C’est un appartement, plutôt grand. Des pièces en enfilade. Vous vous dites : idéal pour se cacher.
Oui, se cacher. Car, figurez vous que ce jour-là, vous revoyez des gens que vous n’avez pas vus depuis longtemps, vos anciens collègues de compagnonnage clandestin plus exactement.

Des personnes un peu bizarres, assez louches dans leur genre.
Il y en a une, plutôt petite et assimilable à un écureuil frétillant, une toupie dorée en quelque sorte, c’est un (épi)phénomène. On la connaît dans le milieu du grand banditisme sous le surnom de « guignol ». Il paraît que ça lui rappelle son enfance. Bref, Guignol est connu pour dégainer son arme aussi vite qu’il engloutit un muffin T.D.C, c’est-à-dire pas mal vite, croyez-moi. Vous vous méfiez de Guignol, sous ses apparences de rousse tonitruante, vous avez affaire ici à un expert en truanderie organisée.

En face de vous, il y a le personnage aussi célèbre que controversé, « Favel’ra » pour les intimes. Une nénette incroyable, qui parvint à ses heures de gloire à soumettre toutes les brutes des pires favelas de Rio. Elle est la gloire des crapules brésiliennes, la hantise des mafieux du monde entier. Elle suscite l’admiration des chefs d’état les plus puissants.

Et enfin, à votre droite, l’hôtesse de terre que vous connaissez. Elle, c’est le renard agile des terres intranquilles, c’est l’anguille perçante, le banditisme de génie. Quand elle vous pince, ça pince pas pour de rire. Comprenez- moi : un train peut en cacher un autre. Et, quand elle propose un muffin ou un thé, une pyramide financière au Pandan ou un P…O, vous êtes toujours partagés. Figurez-vous que ses pâtisseries sont autant un plaisir en bouche qu’un poison : les commanditaires des pires actes criminels sont tous passés par elle pour se débarrasser de leurs victimes aussi discrètement que sûrement. Du cyanure ou de la mort aux rats dans un Palet au Pandan, ça laisse peu de traces, soyez en assurés. Et, compte tenu des foules qui s’amassent devant sa porte pour goûter ses merveilles, elle n’aura vraisemblablement pas de mal à pister sa prochaine victime.
Ce soir-là donc, ce lundi après-midi, vous avez face à vous ces trois chères bandites. Vous vous dites que vous ne ferez pas long feu en ces lieux. Vous scrutez de plus près l’appartement, vous y cherchez des indices, de vieilles notes, les préméditations d’un assassinat en haut lieu (premier étage pour les incultes).
Vous craignez des coups de feu inopinés, mais ce n’est qu’une assiette qu’on cogne dans l’évier.
Vous sentez comme une vague de gaz mortel vous encercler, mais ce n’est que le four chaud qu’on a ouvert.
Favel’ra fait un mouvement vers l’avant, vous reculez, terrifié.
À votre droite, T.D.C se retourne dans un bond, vous grimpez au plafond. Ce ne sont que de vieux bouquins de chocolat qui s’effondrent de fatigue.
En face là-bas, Guignol se balance d’arrière en avant, langoureusement, sur son rocking-chair. Ça grince doucement, les reflets roux changeants vous éblouissent régulièrement. Vous craignez une attaque frontale, ce n’est qu’un mouvement de cheveux de plus, comme d’autres, comme tous les autres…
Il fait soudain très chaud, au fond de cet appart’. En bas, les poubelles font trembler les murs de la cour. Vous craignez pour l’intégrité physique des fenêtres.
Et puis, il y a le moment où l’hôtesse de terre vous fait signe de reprendre une dernière pyramide financière au sésame.
Vous vous dites qu’elle insiste beaucoup, qu’elle trahit une volonté un peu ferme et dérangeante de vous faire achever l’assiette de pyramides.
Vous hésitez. Vous sentez que le moment crucial est enfin arrivé.
C’est maintenant ou jamais. La vie ou la mort. Le sésame ou l’infini vide de la chute finale. Les étoiles terrestres ou les lucioles de l’enfer.
L’anguille des cuisines se retourne. C’est l’occasion ou jamais. Vous jetez un regard à Guignol. Il semble vous encourager à avaler la dernière pyramide. Seraient-elles de mèche ? Vous ne savez décidément pas. Tout cela vous semble étrange. Favel’ra est entrée il y a quelques minutes en communication téléphonique avec un homme à la voix très grave. Non, elles ne pourraient décidément pas être de mèche. Pas ce soir. Pas un lundi après-midi. Pas avec ces poubelles, ces pavés, et la plage…
Et puis, une pyramide… C’est tout petit. Presque pas de beurre. Rien que quelques calories…
Vous l’engloutissez.
Il se passe un temps.
Pour ceux qui ont vu « Ratatouille », imaginez les feux d’artifice colorés.
Pour les autres, prenez la page 243 de votre grammaire latine et réfléchissez.

Voilà, c’est ça, en vrai, une pyramide. C’est la paix dans tous les camps, c’est la joie des guerriers, les truands réconciliés avec les justiciers culinaires, les concepts mariès à la réalité la plus concrète, les PC qui tombent amoureux des Macs, c’est Tom Cruise et Nicole Kidman, la nuit et le jour, c’est A et B, c’est beau, c’est bon, c’est fort en gaieté…
Un jour, peut-être, vous comprendrez. Vous comprendrez l’humanité formidable d’un petit bout de financier, la sensation de puissance qui vous envahit quand vous en goûtez, la joie immense…

Suiksuik a dit…

j'adore ta version au sésame noir !!!!

Philo a dit…

Ce vert est absolument hallucinant ! Bises