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lundi 4 août 2008

Quelques heures à l'Arpège, et J-1 - Muffins chocolat, poire, gingembre, simplement

Mardi dernier, le réveil sonne, une fois n’est pas coutume en ces temps vacanciers. Après une nuit agitée à l’idée de cette journée, il est temps de prendre le chemin du légume.

L’Arpège
est là devant moi, et j’ai peur de faire le pas. Mais j’entre, on me propose un café, on me présente l’endroit. J’observe cet espace si réduit où se créent de si grandes choses. J’attache un tablier et me mets dans un petit coin, où je peux suivre les premiers préparatifs de la journée. Chacun à son poste, les mains agiles se mettent au travail et brossent, lavent, émincent, tranchent, effeuillent minutieusement les fruits, légumes, herbes, fleurs qui peuplent la cuisine.

Alain Passard entre et salue, prend connaissance des préparatifs en cours puis s’éclipse pour quelques temps. Le fourneau chauffe, les casseroles s’amassent ; les oignons sont massés au beurre pour les gratins au Parmesan fraîchement râpé, les ravioles potagères à la coriandre et à l’absinthe sont agilement formées par un tout jeune garçon, l’imposant merlu est préparé par une jeune fille talentueuse. Je descends jeter un coup d’œil au minuscule coin pâtisserie où deux personnes s’occupent des macarons – carotte, rhubarbe,framboise-menthe, ou incroyable purée d’herbes, du feuilletage et des splendides tartes Bouton de Rose
(des tartes à la pomme faites de fines lamelles de pomme enroulées et serrées les unes contre les autres, d’un fondant à se damner, et dont le petit millimètre de peau sur le dessus donne un croustillant parfait, avec ce jour-là une pointe de menthe), mais celles-ci sont d’un classées strictement confidentiel, et je rebrousse donc chemin pour le moment.
Je tombe sur un sympathique serveur préparant le magnifique plateau de fromage, je goûte un morceau de Salers dont je me souviendrais longtemps.

Quelques kilos de haricots équeutés pour la salade haricots, pêche blanche et amandes fraîches, deux ou trois œufs écalés pour le chauf-froid d’œuf au sirop d’érable et à la crème fouettée au vinaigre de Xérès, l’heure tourne, la chaleur monte.

Passard est de retour, en tablier. Je tente de me faire la plus petite possible dans un recoin pour ne pas gêner. Les yeux grand ouverts, j’observe le chef improviser quelques salades : une violette, une blanche, une verte, une jaune … Il parsème de la fleur de sel d’un mouvement léger et précis, symbolique d’une maîtrise parfaite.

Le poisson et les volailles sont en bonne place sur la grille, et leurs accompagnements me font de l’œil.

La chaleur est à son comble, c’est l’heure du coup de feu ; les assiettes sortent et rentrent aussi vite que les serveurs le peuvent. Pourtant, tout le monde est calme à son poste, la chorégraphie est parfaite.

Les desserts commencent à être appelés, et ce sont deux jeunes cuisiniers qui s’occupent superbement de presque tout le sucré : le mille-feuille dont le feuilletage aérien est saupoudré de sucre glace et passé sous la salamandre plus de dix fois, sa crème vaporeuse montée à la main, les tomates confites aux douze saveurs constamment arrosées de leur jus, le caramel lacté au gingembre qui accompagnera un divin sorbet à la pomme.

Il est quinze heures passées et la salle est encore comble. Je sens qu’il est temps que je m’éclipse, d’autant que la tête commence à me tourner ; je rends mon tablier et remercie Mr Passard, encore dans le feu de l’action. Et c’est tout naturellement qu’il me répond « Mais tu veux pas manger un morceau ? On va te trouver une petite place en salle. »

Je me retrouve donc à la « table d’hôte », où une femme invitée à déjeuner finit son dessert. Très chaleureuse, cette femme, tellement chaleureuse que ma dégustation a été légèrement perturbée par ses divers et interminables récits …

Je tente tant bien que mal de me concentrer sur mon gratin d’oignons au parmesan, mon chaud-froid d’œuf, mes gnocchis de carottes et leurs petites feuilles de sauge croustillantes ; puis vient ce turbot fondant et ses petites pommes de terre fumées au speck, la jardinière de légumes et son écume au safran … pour bien conclure cet émerveillement des papilles, quelques minis macarons, l’exquise tarte Bouton de Rose, son caramel au gingembre et le sorbet à la pomme : extase.

Il est presque dix-sept heures et les convives sont encore attablés, comme à la maison, dans cette ambiance calme et détendue qui fait de l’Arpège un trois étoiles singulier. Alain Passard passe à chaque table, raccompagne jusqu’à la porte. Je le remercie encore, un peu chamboulée par toutes ces émotions. Il me fait la bise, me prend le bras : « A bientôt ma puce ! »

***

Une expérience fabuleuse que je ne suis pas prête d’oublier …

A part ça, J-1 avant mes premiers pas chez Angélina, et je ne cacherai pas que la pression a tendance à monter un peu. Du coup, je ne sais plus trop quoi dire, et vous laisse donc avec des muffins au chocolat, poire et gingembre, parce que ça fait tellement de bien de revenir à ses premières amours, dans ma cuisine pas pro du tout, sans veste ni tablier, loin du beau labo de la rue de Rivoli …

***
Muffins chocolat, poire, gingembre

150g de farine
50g de sucre
5g de levure chimique
2g de bicarbonate de soude
1 bonne pincée de fleur de sel
70g de chocolat noir concassé
1 poire moyenne
1 œuf
40g de beurre
125mL de lait
1,5 cm de gingembre frais
un peu de noix de coco râpée

Préchauffer le four à 180°C.
Dans un saladier, mélanger les ingrédients secs : farine, sucre, levure, bicarbonate, sel, chocolat concassé.
Dans un autre saladier, mélanger les ingrédients humides : le beurre fondu, l’œuf, la poire coupée en petits dés et légèrement écrasée à la fourchette, le jus du gingembre passé au presse ail, le lait. Bien mélanger et verser sur le mélange sec. Mélanger, ni trop ni trop peu.
Verser dans les moules et parsemer d’un peu de noix de coco.
Enfourner pour 25 minutes.

lundi 28 janvier 2008

Comment j'ai rencontré Dieu, et autres ravitaillements vitaux : guimauve, crumble, cheesecake-brownie, muffins

Introduction :
Déjà un million deux cent quatre-vingt seize mille secondes et quelques ont passé depuis ma dernière apparition sur cette page … Explications :

1/ la fin de l'année scolaire approchant (oui, c'est comme ça chez nous), les partiels et études de cas en tous genres redoublent de densité et les réunions s'enchaînent ;
2/ je travaille le samedi ; agréable travail de pâtisserie, certes, mais qui me laisse sur les rotules, cernée, et un peu écoeurée (car il va sans dire que je ne peux m’empêcher de goûter, regoûter, reregoûter un peu tout un peu tout le temps) ;
3/ pour couronner le tout, une altercation avec mon cher PC a failli mal tourner (mais si, vous connaissez ce fameux écran bleu "ERREUR STOOOOP ERREUR XOOOOO434343434XXXX STOOP TOUT DE SUITE SINON JE T’EFFACE TOUTE TA VIE QUE T’AS MêME PAS SAUVEGARDé SUR TON DISQUE EXTERNE ACHETé EXPRèS POUR T’ES VRAIMENT TROP BIIIIIP XOXO STOOOP XXX ERREUR 245556600000" )

Bref, ce denier point résolu, je prends quelques instants pour me replonger dans le bain culinosphérien, à commencer par le récit de ma rencontre avec Dieu – yes indeed :


I. Première partie : comment j’ai rencontré Dieu.

La semaine dernière – lundi 14 pour être exacte, car l'exactitude est la politesse des rois, comme disait mon pote Louis XVIII – il m’est arrivé quelque chose. Et ce quelque chose, ça n’est pas rien, car, oui, mesdames et messieurs, chers lecteurs : j’ai rencontré Dieu.

Oui oui, Dieu himself était là, à quelques mètres de moi. Evidemment, j’ai hésité à m’adresser à lui, surtout qu’il paraissait assez occupé à badiner avec une jeune japonaise autour d’une cuillère de moule en gelée … (Dieu a ses raisons que la raison ne connaît pas, hein) Bref, je me suis livrée à une exploration brève mais intense de mon for intérieur et en ai conclu que c’est pas tous les quatre matins qu’on a l’occasion de parler à Dieu – et le toucher de mes mains de pauvre humaine, peut-être – alors …

Alors, ça a donné : « Bonsoir Mr Dieu, je suis le cookie masqué. Je voulais juste vous dire que je vous aime, mon être tout entier vous aime. Alors lâchez votre cuillère de moule et votre japonaise et partons ensemble, loin, par exemple dans votre labo, ou en Amazonie. Ou alors vous me donnez votre bénédiction pour me servir gracieusement au paradis, de préférence celui de la rue Saint-Honoré »

Ou bien : « Bonsoir Mr Hévin. Je voulais simplement vous dire à quel point j’admire votre travail. Heu … ben voilà, désolé de vous déranger hein, et bonne moule ! » (enfin à peu près, j’ai peut-être omis la moule, me souviens plus)

En bon dieu qu’il est, il a modestement répondu « merci beaucoup » en souriant. Ce n’est qu’un peu plus tard que j’ai pris conscience de l’énormité de la chose, lorsque, traversant la salle, il m’a souri. God bless me !


Ça s’est passé à la soirée de lancement de la version française du magazine Apicius (merci à Stéphane Riss pour l’invitation). Trop d’émotion en si peu de temps : Stéphane Haissant, Pascal Barbot (mon unique résolution 2008. Le restaurant, I mean.), Christophe Adam, sans oublier Fabien Rouillard – une fois n’est pas coutume, sans Pilêo. Bref, une excellente soirée faite de rencontres improbables et inespérées.



II. Deuxième partie - Comment se remettre au travail après moult mois de glande

Le lecteur attentif aura peut-être noté que, concernant les études, je suis en mode relativement relax (à titre informatif, je suis plutôt fière d’afficher mes 3h30 de temps cumulé passé en partiels, sur une durée totale de 12 heures - résultats non garantis).

« Travailler moins pour gagner plus de points, mode d’emploi :
-
assister à un minimum de cours
- ne jamais rédiger de brouillon en partiels, mais investir dans un effaceur de qualité
- être relativement pote avec son médecin (et penser à remplir le formulaire de médecin traitant) afin d’obtenir the magic certificat
- se constituer un groupe de travail efficace regroupant des individus vivant avec la même philosophie
- consacrer quelques dimanches après midi à la réalisation de présentations power point percutantes, aspirationnelles et multiplier le détournement de concept afin de provoquer un frétillement épistémique chez l’interlocuteur – ie : le mec qui tient le stylo rouge et qui a parfois l'air sceptique devant nos géniales innovations.

Afin d’optimiser cette pratique du travailler moins pour gagner plus, il est nécessaire de pourvoir les troupes en sucres lents et rapides, fruits secs, fibres, lipides et magnésium (notons au passage que le dimanche après midi est également entièrement consacré à la réduction en miette d’un éventuel projet de détox de la semaine). En effet, tout individu ayant pratiqué intensément le ppt sait combien les nerfs peuvent faillir à tout moment.
Qui sait se ravitailler au bon moment saura donc conquérir la bravitude.
Pour cela, réaliser une brève enquête auprès de votre équipe : qui n’aime pas le chocolat noir (si si, ça existe) ? Qui adore les pistaches ? Qui a vécu aux US ? etc … Puis passer à la réalisation.


III. Réalisation

1 – les portions individuelles sont bienvenues
2 – les plats collectifs sont bienvenus
3 – le coca light (voire coca light plus dans les jours fastes) est bienvenu pour accompagner le tout
D'où :

- De belles guimauves roses parfum barbe à papa à mâchouiller en réfléchissant
- Un crumble pistache poire à picorer en faisant une pause
- Un cheesecake brownie aux pistaches pour préparer son estomac au Gala de l’école (robes de soirée etc ...)
- Des muffins poire chocolat au lait pistaches caramélisées pour se remettre au boulot
(je n'ai pas d'action chez Pistache International &co, juste un stock à écouler)

Conclusion :

On ne change pas un mode d’emploi qui marche. Malheureusement, il est voué à disparaître, la fin de ma vie d'étudiante marketeuse étant plus que très proche. On se consolera donc chez Dieu, maintenant que nous aussi, on est très proches.

A suivre la semaine prochaine : des réalisations gourmandes spécialement conçues pour une étude de cas ... (Autre ingrédients du "Travailler moins pour gagner plus de points" : toujours tenter de caser quelques sucreries pour amadouer les profs)


***
Crumble poire pistache

100 g farine
50 g poudre d’amande
90 g beurre pommade froid (mou mais froid)
40 g pâte de pistache (G. Detou of course)
5 poires mûres

Préchauffer le four à 180°
Eplucher et couper les poires en dés et les disposer dans un grand moule ou dans des cercles individuels. Mélanger rapidement tous les ingrédients du crumble. Saupoudrer sur les poires et enfourner environ 30 minutes (un peu moins pour les versions individuelles)

***
Muffins poire - chocolat au lait - pistaches caramlisées

Pour les pistaches :
100 g de pistaches crues non salées
45 g de sucre glace

Chauffer les pistaches dans une casserole jusqu’à ce qu’elles commencent à griller. Verser le sucre et mélanger rapidement sans s’arrêter, jusqu’à ce que mélange commence à caraméliser. Attention, quand ça commence, ça va très vite. Retirer du feu quand le caramel commence à bien colorer et verser sur une feuille de silpat (feuille de silicone) ou papier sulfurisé. Attendre quelques minutes et séparer les pistaches. MIAMMIAMMIAMMIAM.

Muffins :

150g de farine complète
50g de sucre blond
5g de levure (1/2 sachet)
80 g de chocolat au lait concassé
40 g de pistaches caramélisées légèrement concassées
1 pincée de vanille en poudre
1 pincée de fleur de sel
45g de beurre fondu
1 oeuf
1 poire coupée en dés et grossièrement écrasée à la fourchette
15cL de lait

Préchauffer le four à 180°.
Mélanger tous les ingrédients secs (farine, levure, sucre, sel, vanille, chocolat, pistaches)
Dans un autre saladier, mélanger le beurre, l'oeuf, les poires et le lait.
Verser le mélange humide sur le mélange sec et mélanger légèrement.
Verser dans les moules et enfourner pour 20/25 minutes, selon le four.

***
Cheesecake Brownie aux pistaches

Recette adaptée de Loukoum, elle-même adaptée de Rose Bakery.

A réaliser la veille
Cheesecake
250g de ricotta
100 g de fromage frais
30 cuillères à soupe de sucre en poudre
1 cuillère à café d’extrait de vanille
1 oeufs
20g de farine
80 g de pistaches crues non salées

Brownie
130 g de beurre
200 g de chocolat noir 70%
4 œufs
120g de sucre en poudre
1 cuillère à café d’extrait de vanille
90 g de farine tamisée
1 pincée de sel

Préchauffer le four à 180°C.
Torréfier les pistaches 10/15 minutes.
Dans un saladier, mélanger la ricotta, le fromage frais, le sucre, la vanille, l'oeuf. Ajouter la farine et les pistaches concassées. Bien mélanger et réserver.
Réaliser le brownie : faire fondre le chocolat au bain marie. Hors du feu, ajouter le beurre coupé en dés.
Pendant ce temps, mélanger les œufs, le sucre, la vanille, bien mélanger puis verser le chocolat, mélanger puis incorporer la farine tamisée et le sel.

Recouvrir un moule carré de papier sulfurisé, y verser la préparation au chocolat. Verser le mélange cheesecake. Faire cuire 25 à 35 minutes.
Réserver au frigo pour 24h, découper de petits carrés au moment de servir.

Verdict : un franc succès - mais si je devais le refaire, je diminuerais le temps de cuisson (un peu moins de 25 minutes), car la texture du brownie était un peu trop sèche à mon goût.

***
Guimauves

je l'ai ai faite au bureau (ce merveilleux bureau où on fait que des gâteaux ... ) bien qu'il soit sûrement possible de les faire à la maison, ça nécessite quand même du matériel et de l'espace. Et je ne me souviens plus exactement de la recette, si ce n'est que le sucre doit être à 123°. ça se rapproche de ça , avec une goutte de colorant rouge et deux pschitt d'arôme barbe à papa

dimanche 11 novembre 2007

Autour de Novembre – Cookies, Muffins, Chutney

Le mois de novembre a ceci de particulier qu’il ne présente précisément aucun intérêt, ni particulier, ni général, ni visible, ni sournois : rien, le Néant fait mois.

Hasardeusement intercalé entre octobre, lui-même caractérisé par la prolongation harmonieuse de septembre et sa cohorte d’événements de rentrée (rentrée littéraire, rentrée scolaire, rentrée auriculaire – noter ici la maîtrise totale du dictionnaire des rimes) et décembre, mondialement réputé pour ses réjouissances et indigestions festives et familiales, novembre semble être le débris mal-aimé de du calendrier, la vieille miette perdue au fond du lit et qui y demeurera jusqu’à complète absorption par nos amis acariens, le rejeton honteux dont on ne peut pas ouvertement se débarrasser (à moins de succomber au geste hype du moment, le ligotage-congelage, mais l’actualité récente nous prouve que ce type d’initiative est voué à être découvert et condamné).

Il a donc fallu le caser discrètement, tout en le ponctuant de quelques évènements d’intérêt mineur afin de ne pas éveiller les soupçons quand à sa vanité absolue.
C’est ainsi que le mois de novembre s’ouvre sur la Toussaint : je sais pas pour vous mais perso je fréquente pas trop les Saints, à la rigueur Saint-Lazare, mais sinon je sais pas, c’est peut-être leur air vaguement vénérable, ça me crispe.
La célébration est donc de courte durée, et nous pouvons tranquillement aller faire quelques emplettes dans les temples de la consommation du coin, bien vivants, eux, et grands ouverts aux fidèles pour l’occasion.
A ce stade, nous ne remarquons donc pas encore le changement de mois qui s’installe en toute perfidie.


Paradoxalement, ce n’est que lorsque l’épidémie foudroyante de rhumatite aigue débarque que l’on remarque enfin que quelque chose a changé : l’esprit habitant le corps flasque et grelottant s’éveille, entre mouchoirs et stérimar, et remarque qu’en dehors de la couette, point de salut, puisqu’il y fait très froid et qu’il n’y a pas encore de vendeurs de marrons grillés en doudoune fourrée, qu’il est encore un peu tôt pour s’atteler à la rédaction des bonnes résolutions du nouvel an – et puis de toute façon celles de la rentrée de septembre n’ont pas encore fait tout à fait été exploitée jusqu'au bout, alors à quoi bon.
Nous continuons donc tranquillement à ne pratiquer aucune activité sportive hormis cuisiner, déjà bien périlleux, manger beaucoup trop de chocolat pour une physionomie de type « normal, sans superpouvoirs métaboliques saillants», et à reporter quelques impératifs (« call Suzanne the conseillère financière, cause trou de la sécu sur mon compte, rapport à Londres »).


Il y a en plus des années particulièrement calamiteuses en matière de novembre, par exemple, au hasard, celle-ci, où le 11 novembre a le mauvais goût de tomber un dimanche, comme si vous alliez prendre votre dimanche pour mener une réflexion tolstoïenne sur l’inanité de la belligérance dans le monde et l’amitié profonde que vous portez au peuple allemand.

(interruption intempestive : je viens de choper la présentatrice de France Inter en flagrant délit de novembrasthénie foudroyante : à propos des grèves, des morts, des armistices « mouais, enfin bon, un jour de novembre quoi »

Il ne reste donc plus qu’à attendre d’atteindre la lumière au bout de ce long et ténébreux tunnel, parsemé de partiels par-ci, recherche de stage par-là. Mais vous pouvez faire confiance aux magasins et magazines pour anticiper sur décembre : le Monop flamboie déjà de mille et une paillettes noëlesque signifiant subrepticement que si vous n’avez pas commencé à préparer les mises en bouche du réveillon, vous êtes à la fois clairement irresponsable et totalement indigne de la société ; l’horoscope de votre magazine repose-neurones favori vous rappelle que votre anniversaire approche à pas de géant vert, et vous êtes absolument effarée d’apprendre qu’en 2008, vous « embrasserez des projets excitants – mission humanitaire ou adoption ».


Heureusement, quelques loupiottes frétillantes parsèment le chemin, comme la semaine du Fooding, la semaine anglaise, de petits concours blogoculinosphérien, ou un anniversaire royal approchant, accompagné d’un défi culinaire.
Et puis on peut toujours compter sur les cheminots et les étudiants – qui s’ennuient déjà pas mal toute l’année – pour chauffer un peu l’ambiance avec quelques grèves. A partir de mardi soir, le mode autarcie est enclenché, réserves de dvd, livres et purée de noisettes à l’appui, merci de ne pas déranger.
Et puisqu’il faut faire des réserves caloriques – on n’est jamais trop prudent, la route du monop pourrait être envahie par une foule revendicative en délire, une tempête de marrons glacés pourrait s’abattre sur la ville, le bitume pourrait se mettre en grève et se transformer en une masse visqueuse de type sables mouvants contrecarrant toute tentative de ravitaillement, et puisque c’est la semaine anglaise, et puisqu’il y avait ce concours Blog Appétit, et puisque c’est bon, trois recettes à tendance anglo-saxonne :

- des butternut squash muffins – courge musquée, mais ça sonne un peu versaillais en français - aux flocons d’avoine, sucre d’érable et noisettes, pour la forme
- des cookies meilleurs tu meurs au pralin et chocolat, recette originale de Sucrissime un peu modifiée, pour le moral. Moelleux, fondants, légèrement croquants sur les bords, pas besoin de dessin
- un chutney sucré salé épicé de courge musquée (re) et mangue, pour pimenter le tout, et un peu aussi pour le concours de bocaux


***
Muffins à la courge musquée aux flocons d’avoine, sucre d’érable et noisettes


100 g de farine
50 g de flocons d’avoine
50 g de sucre d’érable
½ sachet de levure
1 bonne pincée de fleur de sel
50 g de beurre fondu
1 oeuf
12,5 cL de lait
150 g de courge musquée cuite et grossièrement écrasée (ou potiron, potimarron, ou autre cucurbitacée de saison)
1 cc de cannelle (ou 4 épices mais point trop sinon ça écrase l’érable, pourtant solide dans son genre)
25 g de noisettes

Préchauffer le four à 180°
Torréfier les noisettes 15 minutes, laisser refroidir et les concasser.
Dans un saladier, mélanger farine, flocons d’avoine, sucre, levure, sel, cannelle.
Dans un autre saladier, mélanger le beurre fondu, la purée de courge, l’œuf, le lait.
Ajouter la préparation humide à la sèche selon le rituel ancestral de préparation des muffins, mélanger sans excès et verser dans les moules. Parsemer de noisettes et enfourner 25 minutes.
Laisser tiédir sur une grille
***
Cookies meilleurs tu meurs au pralin et chocolat


125g de beurre demi-sel à t° ambiante
100 g de sucre blond
175g de farine
1 oeuf
1 càc de levure
90 g de chocolat noir concassé
60 g de pralin

Préchauffer le four à 180°.
Crémer le beurre et le sucre. Ajouter l'oeuf, puis la farine et la levure. Mélanger jusqu'à ce que la pâte soit homogène. Ajouter le pralin et les pépites de chocolat. Former des boules de pâte et les écraser légèrement.Déposer les boules sur une recouverte de papier sulfurisé
Cuisson : 9 minutes.
Laisser refroidir sur une grille


***
Chutney épicé courge musquée mangue


250 g de chair de courge musquée
250 g de mangue (pas trop mûre)
1 oignon
15 cL de vinaigre de vin
15 cL d’eau
80 g de sucre blond
1 cc de cannelle
1 cc de gingembre en poudre (pas de racine fraîche sous le pied)
1 cc de curry fort en poudre – plus ou moins, selon
1 cc de graines de moutarde
8 grains de poivre noir

Couper l’oignon, le potiron et la mangue en petits dés, les mettre dans une casserole. Ajouter le vinaigre, l’eau et le sucre, mélanger et faire chauffer à feu vif une vingtaine de minutes. Baisser le feu, ajouter les épices et laisser mijoter une heure environ, jusqu’à obtenir une consistance confituresque.
Verser dans des bocaux.

A déguster seul avec du pain en apéro, ou, comme le dirait mon double marketeur : "à la fois doux et épicé, ce chutney étonnant et détonnant alliant saveurs sucrées et salées accompagnera à merveille vos viandes blanches et fadasses"


Aucune idée de la durée de conservation une fois mis en bocal, mais puisque c’est très bon, ça devrait pas être un problème.

***
Ah et puis il y a aussi ce concours de photos culinaires. Après moult hésitation et concertation, le choix se porte sur celle-ci, Orange curd au pavot et bouchée fondante pomme amande :

(réalisée avec un compact automatique de base, et vietnamien) Pour respecter le règlement, il faut expliquer comment le pourquoi du comment de la photo. C'est bien simple, comme pour toutes les photos, je cherche un moyen d'avoir un peu de lumière et d'éviter d'avoir toujours en arrière-plan ces arabesques métalliques charmantes mais vraiment redondantes : je me place donc toujours au même endroit, sur la machine à laver, et cherche acrobatiquement un cadrage adéquat. Pour celle-ci, je revenais d'une virée chez Zara Home avec de chouettes cuillères, et voilà.

dimanche 14 octobre 2007

Il fait froid, restons calme : orange curd au pavot, bouchées fondantes pomme-amande, gâteau figues, poires, pistaches

Je sais pas vous mais, à mon humble avis, le monde est un peu froid ces temps-ci. Objectivement et météorologiquement, j’ai froid, mais c’est surtout un grand vent de froid dans le dos qui claque sur moi - aïe - quand je jette un bref coup d’œil - aïe bis - sur mon agenda ministériel. Ok, le second point manque tendancieusement d’objectivité, mais 1/ on ne va pas retomber dans ce ridicule débat de l’objectivité, la vraisemblance et tout le bla bla ; un tas de gens au top de leur puissance intellectuelle a déjà planché sur le sujet pour parvenir à la conclusion que l’objectivité, c’est comme le concept de poules à dents, c’est pas demain la veille qu’on la croisera sur son chemin, 2/ j’ai vraiment la désagréable impression d’avoir une foultitude de choses à faire dans un temps qu’on pourrait qualifier de scandaleusement limité.

N’étant pas dans l’immédiat une superstar en possession d’une villa en milieu tropical, spa included, et d’une paire de lunettes assortie – modèle mouche ou aviateur, au choix – pour me ressourcer et faire un break, je me contente de m’emmitoufler de plusieurs couches de tissus divers et de faire face et front à ce monde hostile, en adoptant une attitude de calme et d’apesanteur toute lagerfeldienne.

Voilà donc comment, en vrac, tout pourrait très bien se passer, si ce n’était … mais aussi pourquoi, en vrai, tout va bien se passer :
- la révolution Orange, ou comment ruiner une image de marque en trois semaines d’attente de mise en service d’une très simple ligne internet, cinq appels au « service » assistance technique, soit plus de trois heures à 0,34 centimes la minute, une quinzaine de répétition de mon numéro de client (d’abord délicatement pianoté sur le clavier, franchement tambouriné un peu plus tard, puis férocement claironné - ce qui pourrait aboutir à une fanfare complète, si on y pense) et un nombre indécent de paroles vulgaires diverses adressées à mes douze interlocuteurs, originaires d’au moins six zones géographiques différentes (plate-forme de Tunisie, du Maroc, d’Afghanistan, mais aussi de Fontenay-sous-bois, de Colombes-la-Garenne, voire, incroyable mais vrai, carrément de Paris).
Le mot de la fin n’a pas encore été prononcé, mais je garde l’espoir d’être prochainement connectée, et reste de glace face à l’adversité technologique.


- la crise de l’immobilier, en partie cause du gel de mes os : jamais de soleil, pas de chauffage et une température avoisinant constamment les -10°, ce qui peut être pris du bon côté si on considère, d’une part, les scènes improbables où je sors de chez moi engoncée dans un col roulé et un manteau fourré tendance pôle nordiste, et découvre avec stupéfaction que les gens normaux sont en débardeur et tongs - même pas brandée ump - dehors ; d’autre part, que je pourrais être une des dernières survivantes lors de la prochaine canicule qui, selon les ouï-dire, serait imminente - et dieu sait que les ouï-dires sont des gens de raison, ce qui démultipliera conséquemment mes chances de succès triomphal dans la vie.


Autre preuve que la persistance paye en matière d’immobilier : certaines personnes de mon entourage trouvent finalement un logis plus que décent, à trois minutes à pied de chez moi si on a l’itinéraire correct en tête, donnant lieu à une pendaison impromptue ressemblant fortement à un squat si ce n’était le champagne dégusté à même le carrelage, très froid lui aussi mais bien sympathique car enfin parisien (ndlr : je n'ai rien contre les carrelages non parisiens, c'est simplement que cette caractéristique permet d'éviter une luxation de l'épaule droite en raison de conversation téléphonique de plus de trois heures par jour avec la locataire dudit carrelage).

Bon, je pourrais continuer sur les causes d’inquiétude assez longtemps (la fuite du temps, la montée du niveau des eaux, la hausse du prix du beurre, l’hostilité de mes cheveux le matin, les cours de stratégies d’innovation qui m’empêcheront d’assister au séminaire de gastronomie moléculaire de jeudi prochain), mais préfère insister sur les motifs de réjouissance, notamment en matière culinaire, puisque tout ce manque de chaleur humaine et physiologique m’a conduite à me réchauffer sur quelques voies inexplorées, à savoir :
De l’orange curd au pavot, accompagné – ou l’inverse – de bouchées fondantes pomme-amande, et d’un gâteau poires, figues et pistaches, tout trois fortement conseillés en cas de grand froid.

Remerciement au passage de la reine Mathilde pour être une fois de plus à l’origine de l’idée de cet orange curd au pavot, puisqu’il faisait partie du pack cadeau « aménagement imminent en milieu urbain ». Je ne sais plus trop d’où m’est venue l’idée, mais une chose est sûre : recette à faire et à refaire les yeux fermés – mais pas trop. Doux, acidulé, crémeux, léger croquant et amertume du pavot : à tartiner sans modération. Les petites bouchées ne sont pas mal non plus, fondantes et chaleureuses à souhait. Ok, c’est encore une adaptation d’une recette de muffin et j’aurais pu les appeler des mini-muffins, so ?

Quand au gâteau – sur base de gâteau au yaourt qui a fait ses preuves, il est spécialement conçu pour tenir chaud au corps – mais pas que. Figues, poires, pistaches, fleur d’oranger, miel et huile d’olive : en un mot, grequisant. J’ai été baptisée à l’huile d’olive, et n’ai goûté d’autres huiles que très récemment.
Chez moi, l’huile d’olive - grecque ou rien, c’est pour tout, sur tout et partout : cuisine, cheveux, corps, maux de gorge, maux de pieds, et gâteaux, évidemment. (si je mentionne que mon grand-père met de l’huile dans son café le matin, ça prend peut-être plus de sens) L’association fonctionne plus que bien, dangereusement bien, même.

Bref, voilà les recettes, mais avant, un autre motif de réjouissance : le Salon du chocolat le week-end prochain, où l’on pourra retrouver Pilêo, une innovation de rupture à tomber ou je ne m’y connais pas, que l’on peut également apercevoir dans le dernier Elle à Table.

Sur ce, restez calme, tout va bien se passer.

***
Orange Curd au pavot

Pour deux petits pots (cf. photo)
1 dl de jus d’orange (1 orange ½ dans mon cas)
zeste de 3 oranges non traitées - ou traitées mais alors après venez pas vous plaindre
75 g de sucre de canne
15 g de graines de pavot (1cs environ)
2 œufs
50 g de beurre
15 g de maïzena (1cs)

Laver et sécher les oranges, puis les râper pour en prélever le zeste. Si vous êtes un prolo de base/pas encore toque étoilée et que vous n’êtes donc pas en possession de cet ustensile formidable qu’est un zesteur (si si, ça existe, tout comme le séparateur de blanc et jaune des œufs et autres symboles de la modernité culinaire), utiliser une râpe très fine.
A ce stade, vous avez les main plus oranges que votre LiveBox qui fait mine de ne rien comprendre, vous en avez déjà un peu marre, mais vous continuez, rapport au cadeau que vous vous êtes mis en tête de faire à votre copine qui emménage enfin à la capitale et qui a bien besoin de quelque chose à mettre sur sa tartine.
Pressez une orange et demie.
Dans une casserole, mélanger le jus d’orange, le zeste, le sucre, les graines de pavot, les œufs et le beurre coupé en petits morceaux.
Mettre à chauffer à feu doux et fouetter. Lorsque le mélange est chaud, tamiser la maïzena d’une main tout en continuant de fouetter de l’autre – scène assez drôle.
Continuer de fouter – NEVER STOP FOUETTING – jusqu’à ce que le mélange ait épaissit, environ 5 minutes.
Laisser refroidir, verser dans un ou deux ou mille tout petits pots, fermer et mettre au frigo.
Evidemment, lécher la casserole en vous étonnant de ce subtil mélange de saveurs, vous qui étiez persuadée de réaliser ce met dans un élan de cœur purement altruiste - vu qu’en matière de tartinade, vous étiez restée bloquée sur la purée de noisette saupoudrée de pralin, alors qu’en fait, vous vous découvrez une passion déraisonnée pour ce truc.

***
Bouchées fondantes pomme-amande


Pour une trentaine :
120g de farine
30g de poudre d’amande
50g de sucre de canne
5 g de levure (1/2 sachet)
1 pincée de fleur de sel
2 petites pommes (Royal Gala)
50g de beurre fondu
1 œuf
15 cL de lait
½ cc d’extrait d’amande amère
amandes effilées

Préchauffer le four à 200°.
Mélanger la farine, la poudre d’amande, le sucre, la levure et le sel.
Laver et éplucher les pommes et les couper en petits dés.
Dans un autre bol, mélanger le beurre fondu, l’œuf, le lait et l’extrait d’amande, ajouter les pommes.
Verser le mélange humide sur le mélange sec et bien travailler la pâte – donc pas comme des muffins …
Verser la pâte dans des moules à mini muffins et parsemer d’amandes effilées.
Enfourner 10 minutes en surveillant.
Déguster avec l’orange curd au pavot. miam.


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Gâteau grequisant au poires, figues et pistaches,


qui pourrait être très rapide puisque sur base de gâteau au yaourt – déconcertante praticité du pot de yaourt comme outil de mesure – mais qui se complique concrètement puisque j’ai décidé de diviser les proportions d’un tiers, d’où :
- 1 pot + 1/3 de pot - 166 g de yaourt brassé nature
- 2 pots de farine – 160 g
- 1 pot + 1/3 de pot de sucre de canne – 125 g
- 1 cc bombée de levure chimique – 4 g
- 1 pincée de fleur de sel
- 2 oeufs
- 1 cs d’eau de fleur d’oranger – 5g
- 1/2 pot d'huile d’olive – 50g
- 5 belles figues – 280 g
- 3 petites poires au sirop – 225 g
- 40 g de pistaches torréfiées concassées (10 min à 200°)
- miel

Préchauffer le four a 180° C.
Beurrer un moule – carré pour moi, mais fonctionne aussi dans les moules à cake.
Laver et sécher les figues. Couper la moitié en lamelles fines et l’autre en petits dés.
Idem pour les poires : half lamelles, half dés.
Mélanger la farine, la levure et le sel. Mettre la moitié de poires et de figues coupées en dés dans le mélange de farine (pour ne pas que les fruits tombent au fond).
Dans un grand bol, fouetter le yaourt, le sucre, les œufs et l’eau de fleur d’oranger.
Ajouter en plusieurs fois le mélange de farine, puis ajouter l'huile, délicatement – le tout à la maryse.
Verser dans le moule, placer les lamelles de poires et de figues dessus, parsemer de pistaches et d’un filet de miel.
Enfourner environ 45 minutes - jusqu'a ce que le gâteau soit doré comme les blés.
Laisser tiédir et déguster sans trop attendre.

dimanche 7 octobre 2007

Nuit blanche – ou pas : l’air du temps dans ma cuisine

La Nuit Blanche, tout le monde – surtout les autres – s’est mis d’accord pour dire que c’est une très bonne idée, le genre d’initiative incritiquable sous peine de lynchage Lucky Lukien et/ou jet d’œuf fécondé en place publique. Démocratisation, décloisonnement, découverte, et autres mots en dé : joie républicaine. "Une vision généreuse et accessible" où "l’art contemporain se mêle à la ville et génère un espace-temps singulier où chacun est invité à circuler, redécouvrant son quotidien transformé ou explorant des lieux inattendus."
Sauf que redécouvrir mon quotidien transformé, en vrai, ça donne un espace-temps singulier, mais pas tant que ça. J’observe, écoute, et constate : "vazy on bouge où c’est d’la merde/vazy ch’ais aps oim vazy", agrémenté d’une sympathique fragrance malt-kébab, le tout enveloppé d’un fond sonore douloureux de percussions.
Je crois qu’ils n’ont pas bien saisi toute la générosité offerte.

Rien de particulier jusque là, donc, un samedi soir ordinaire sur la terre de Châtelet. Conquérante, je poursuis, en quête de l’installation d’un point d’interrogation lumineux en lévitation dans l’église Saint-Paul, (ndlr : oeuvre du fameux artiste autrichien Robert Stadler) qui fait très subtilement signe aux interrogations métaphysiques de tout un chacun, surtout celles des autres.
Bon, ben en fait c’était tellement métaphysique que je l’ai pas saisi, le point – d’autant que je le cherchais à Saint-Eustache.
Passons sur l’épisode de liesse populaire post rugby ayant eu pour fâcheuse conséquence de plonger mon téléphone dans un coma temporaire mais profond (note : il va falloir assez vite arrêter ce delirium à propos du rugby, j'ai bien intégré l'idée que c’est in mais là ça commence à être juste lourd, du genre ma mère qui m’appelle pour me demander A MOI le résultat du match).


Enfin bref, la Nuit Blanche, je dis non. Ça fait cinq ans que tout le monde est content d’y croire, cinq ans que tout le monde sait que ça ne fonctionne pas, cinq ans que c’est un prétexte à état d’ivresse aggravé sur la place publique. J’admets cependant l’hypothèse que d’autres citadins mieux informés/moins découragés aient pu y faire l’expérience d’une métamorphose de leur univers sensoriel – commentaires ouverts.


En revanche, je dis oui à la stimulation de ma créativité culinaire, qu’elle vienne de l’art contemporain ou de Elle, où j’ai pu récemment lire que « l’air du temps est décidément au Prozac sur imprimé » (ie : happy face sur ta robe-pull gris-violet), que « l’idée est de superposer les ambiances », de mêler gaiement les couleurs explosives et de jouer avec les matières, et qu’il est impératif de se « laisser aller aux combinaisons les plus anticonformistes ».

Rassurée par cette caution spirituelle, je me suis lancée vers des horizons colorés et rebelles avec :
* Les verrines de l’Ere du temps : salade de dés de poivron, pomme, carotte, achar, chips de pomme au pandan, qui transcendent grave,
* Les tartelettes matcha-marron, qui transcendent pas mal quand même,
* Et puis des petits muffins chocolat blanc-purée de noisette, qui transcendent plus le palais que la créativité culinaire, mais qui sont vraiment extra et qui trouvaient bien leur place dans la thématique installation contemporaine.


Au commencement était l’idée d’une crème fouettée salée au pandan. Mr This m’avait affirmé au dernier séminaire de gastronomie moléculaire qu’on pouvait faire de la crème Chantilly avec de la crème de soja, je me dis ok, cool, je vais tenter. Je me dis aussi : ok, cool, ça sera encore plus chouette avec du pandan. Puis : pourquoi pas faire une crème fouettée salée.
Jusque là, tout va bien, le raisonnement tient la route, telle la bm 740i de Clive Owen (pas beau) dans Ambush - le vrai faux film de 7 minutes où on fait semblant de pas savoir que c’est la nouvelle génération hybride de pub pour embrouiller Mme Michu, cette pauvre ménagère qui a jamais rien demandé d’autre que de la lessive qui enlève les taches de boue de son gosse, et où la voiture, tellement qu’elle est bien, elle a même pas mal avec mille trous de kalachnikov partout et que Clive, à la fin, il est tellement content qu’il fait un demi sourire en coin.
Sauf que, si la crème monte en 2 minutes 05 avec un bon robot, chez moi ça donne plutôt une explosion crémeuse vert fluo digne d’une grosse indigestion de martien, recouvrant intégralement ma cuisine – et mes cheveux fraîchement lavés, cela va sans dire. Cela dit, si j’avais attendu que la nuit tombe (se lève ?), ça serait très aisément passé pour une installation du circuit Nuit Blanche. Bref.
J’admets que je suis plutôt du genre obstinée, un peu comme tous les grands inventeurs de légende – et modeste avec ça – genre Mr Bic, Mr L. da Vinci (mais si, celui qui a inspiré le Code du même nom) ou l’autre Dyson qui a inventé l’aspirateur sans sac pour CSP+++ – voilà pour celles qui voulait savoir ce qu’on apprend d’autre, en cours de stratégie d’innovation – mais, comme dit le grand sage, "sache souffrir la matérialité bornée de ton champs des possibles mondain et te résigner à la spirituelle espérance d’une âme charitable te glissant discrètement un Kitchen Aid sous ton oreiller". J’ai donc abandonné provisoirement l’idée de la Chantilly au soja, la Chantilly tout court d’ailleurs.

Mais je voulais quand même un truc au pandan qui se pose au-dessus de ma salade de dés sucrée salée épicée, parce que je voulais des verrines, et que les verrines c’est bien connu, il faut quelque chose on the top sinon c’est juste naze. D’où les chips de pomme au pandan, subtil rappel de la pomme de la salade, harmonie discordante de la fraîcheur du pandan. Top.

Bref. Voilà, globalement, pourquoi tout ça - muffins hors-jeu - est dans l’ère du temps – ie : mix et contrastes d’ici et d’ailleurs, voire de là-bas, choses qui ne font pas forcément sens ensemble a priori, voire qui peuvent susciter un haussement circonflexe de sourcil gauche, mais qui en fait, donnent un truc super cool méga hype, même si c’est plus la mode des verrines ni trop du matcha mais que j’ai décidé que si :

- Parce qu’il y a des dés, mais pas que – et que le cube est top "it"
- Parce que c’est sucré-salé, et épicé-citronné, et pandanné pour l’un, matchaté pas trop sucré, crème de marronné limite seuil de saturation pour l’autre
- Parce qu’il y a plein de couleurs, du rouge, du orange, du pomme, du marron, du vert martien, du vert salade, du vert matcha
- Parce que c’est croquant, un peu croquant, pas croquant, re-croquant pour l’un, croquant, fondant, mousseux, puis crousti-fondant pour l’autre
- Parce que c’est bon, beau, interculturel, un peu régressif, un peu ludique, que tout le monde sait que les verrines ça sert à rien, et que rien n’est plus nécessaire que le superflu – surtout quand ça me permet d'utiliser mes nouveaux verres Svalka vaguement Suédois
- Et un peu aussi parce que le gastronome averti perçoit une tension hippopotamesque entre tradition et modernité, entre ma grand-mère et la Nuit Blanche.

Note : si quelqu’un a une remarque à faire sur la constance obstinée de l’arrière-plan des photos, notez que je suis preneuse de tout appartement/trou à rat parisien offrant plus d’une zone de prise de vue lumineuse et/ou n’offrant pas de voisinage de palier grand-maternelle.
***
Verrines de l’Ere du temps


– pour 4 verrines

Salade en dés sucrée-salée-épicée :

1 poivron rouge cuit (toujours issu de ma fameuse conserve)
1 pomme
2 petites carottes
1 petite cs d’achar indien
½ jus de citron

Couper le poivron, la pomme et les carottes en petits dés (après avoir lavé la pomme et épluché la carotte, comme il se doit). Ajouter le jus de ciron et la cuillère d’achar, mélanger. Réserver

Chips de pomme au pandan

1 pomme (Royal Gala pour moi)
1 blanc d’œuf
1 cc d’extrait de pandan

Préchauffer le four à 120°.
Mélanger le blanc et le pandan. Laver et couper la pomme en fines lamelles (1mm environ).
Tremper les lamelles dans le mélange blanc-pandan et les déposer sur une plaque recouverte de papier sulfurisé. Enfourner au moins 1h30. Laisser refroidir dans le four.

Service – qui se la pète :
Placer quelques feuilles de salade dans le fond des verres, répartir les dés. Planter une ou deux ou trois ou cinquante chips de pomme au pandan.
Voilà, c’est joli et pas du tout pratique à manger, mais franchement bon.


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Tartelettes matcha-crème de marron

Pour 4 tartelettes

Reste de pâte au matcha – je dirais 1/5ème de la recette initiale qu’on trouve par là
125 g de crème de marron C.F (qui a dit c’est quoi "C.F" ?)
1 œuf

Etaler la pâte et foncer 4 moules à tartelettes. Couvrir de papier alu et remplir de pois cassés. Enfourner 15/20 minutes à 160° (normalement 13 minutes à 150° dans un four normal – ie : pas le mien).
Pendant ce temps : séparer le blanc et le jaune. Mélanger la crème de marron au jaune. Monter le blanc en neige ferme avec une pincée de sel. L’ajouter délicatement à la crème de marron.
Quand les fonds de tartelettes sont cuits, retirer les pois et l’alu et répartir le mélange à la crème de marron. Enfourner 15 minutes à 180°.
Astuce découverte le lendemain – d’où aspects divers sur les photos : passer les tartelettes au grill quelques minutes, en vue d’un concept crousti-fondant.


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Muffins chocolat blanc – purée de noisette

Toujours la même recette de base, là, avec 50 g de chocolat blanc concassé dans le mélange sec, et une bonne cuillère de purée de noisette au-dessus, en tourbillonnant un peu avec une fourchette.
Fonctionne aussi très bien avec de la crème de marron, du nutella, et autre ingrédient vaguement pâteux et très calorique.

mercredi 19 septembre 2007

La rentrée : le bilan – Cantuccini parmesan, amandes et dattes, Muffins chocolat noisette, cœur fondant

Deux jours et demi après la rentrée : l’heure du bilan. Pour découvrir si vous êtes paré(e)s pour affronter la rentrée, cochez les réponses qui vous correspondent … et tirez des conclusions existentielles. Deux recettes pour tous les survivants.







1. Nous sommes le 19 septembre, vous vous sentez …

a/ bien bien, merci. J’ai pas le temps de m’étendre, là, désolé, mais j’ai un entretien avec Vincent Cassel, un cours de "marques et taux de pénétration en milieu beauf" et le métro/train/Vélib qui m’attend.
b/ ch’ais pas, j’émerge de ma sieste, cause agression de chat affamé.
c/ j’y crois pas, on essaie encore de me faire le coup de septembre. J’ai déjà dit que je sais très bien qu’on est en en juillet. Ça se voit pas à ma tête, qu’il faut que je parte en vacances ? tu la vois, ma ride, là ?



2. Le métro et vous …

a/ le métropolitain, j’adore. Cela me permet d’acquérir une vraie clairvoyance de l’univers interurbain dans lequel mon Moi se positionne. L’observation sociétale souterraine est un de mes hobbies de prédilection quoi.
b/ 7h45 : entre le cas social qui me traite agréablement de « sale pute » (je le prends pas pour moi, la mémé/senior de sexe féminin à côté a eu le droit à la même salutation), l'assistante attachée de presse toute d’iPod vêtue qui, visiblement, est convaincue que tout le wagon va kiffer grave son ‘hard hype techno house 2020, the best of du meilleur son qui fait bouger tes cheveux’, et la femme en boubou qui me balance en couinant ses grains de maïs rongés … mon cœur balance.
c/ mais je t’ai dit que je roule en Vélib, moi. T’écoutes vraiment rien, c’est pénible à la fin.


3. Vos amis …

a/
sont super chouettes. Généreux, attentionnés, intelligents, drôles, et beaux, en plus. Parce que vous le valez bien.
b/ vous quittent un à un, et pas pour la porte à côté. C’est l'hécatombe cette semaine, et vous vous sentez un poil dépossédée, angoissée, ou juste un peu triste par anticipation. Mais bon, un an, ça passe vite, c’est juste 31 536 000 secondes ; relativisons.
c/ sont méritants. Mais ont quand même droit de veto après 5 heures de monologue sur le thème « pipette de mousseline de wazabi et sésame noir à la fève tonka et écorce de cédrat en verrine de cuillère de tartare de figues à la gelée de piment d’Espelette et crème de tofu soyeux aux marrons, mi-cuit d’écrasé de framboise aux noisette de Tanzanie, tu crois que ça marche ? »

4. La culture et vous …

a/ vous avez une vie culturelle intense : métro et podcast des cours du Collège de France de 7h44 à 8h29 – interruption de 28 secondes du ‘sale pute’ non décomptée, pause déjeuner et expo Tokyo au Bon Marché, journal en main pour rentabiliser et perfectionner la connaissance du dossier des réformes des régimes spéciaux de retraite, trajet avec "L’aube, le soir ou la nuit" calé dans le panier du Vélib, La passion de Saint-Jean de Bach calée dans les oreilles, nouvelle mise en scène du Roi Lear aux Amandiers, relecture intégrale de la Recherche, feuilletage de Cosmo, et même expo Bêtes et Hommes entre deux pages, vous êtes partout. Et vous le vivez bien.
b/ vous avez la sérieuse intention d’avoir une vie culturelle intense, mais ne savez juste pas comment ça va être possible. Pour l’instant, une lecture un minimum attentive d’A Nous Paris suffit pour feindre et participer aux débats.
c/ Vous adorez la culture. Vos graines germées sont resplendissantes.


5. Les démarches administratives et vous …

a/
dossier d’inscription, location d'appart, carte de transport, réabonnements interneto-téléphoniques, tous les papiers sont au taquet depuis quinze jours. Y a plein de petits tas ordonnés sur votre bureau –c’est beau, y a plus qu’à les envoyer demain ; votre To Do List a retrouvé une virginité à faire frémir Britney de jalousie.
b/ malgré vos bonnes résolutions, la photocopieuse fait de la résistance, tout comme les personnes censées vous renseigner – tout le monde connaît les bienfaits de la sieste sur l’efficacité au travail. Et, n’ayant pas d’accointances particulières avec l’ubiquité, être à l’autre bout de la ville aux horaires d’ouverture du service recherché – de 10h12 à 10h16 – tout en étant soumis à une obligation d’assiduité, ça va toujours pas être possible. Si on allait prendre un café pour se détendre ? Ah ben non, la machine à café non plus, elle marche pas. De toute façon, j’avais pas soif.
c/ ça vous passe au-dessus de l’orteil, vous vivez sur une île du Pacifique. Vous vous réjouissez à l’idée de faire le tour de votre culture grâce au Vélib que vous avez importé. Vos graines germées et vos fèves Tonka poussent bien, merci.



Bravo, vous êtes parvenu au bout du bilan, il ne vous reste plus qu’à conclure par vous-même.
Chose promise, chose due : deux petites recettes servies lors d’un des nombreux pots de départ long et lointain du moment : des cantuccini salés au parmesan et aux dattes (ok, des croquants, mais cantuccini ça le fait beaucoup plus quand même), avec un poil de graines de cumin, pour voir. On me dit que ça marche, on me dit sans les graines, on me dit avec, on me dit je sais plus ; on me dit que c’était bon. C’est vrai.
Et puis, impossible de partir un an sans muffins – ce par quoi tout ou presque a commencé. Alors de petits muffins tout bêtes mais très miam, chocolat noir et noisette, au cœur de purée de noisette et de chocolat au lait. J’ai trouvé ma recette de base de muffins, je ne bouge plus.

Message personnel unique –une fois n’est pas coutume– pour la-fille-dont-je-ne-dirais-pas-qu’elle-est-cool, et qui s’en va, comme c’est sa grande coutume : ça a intérêt à être chouette, là-bas, parce que, là tout de suite, je me sens un peu prise au dépourvu, un peu angoissée, un peu comme quand j’ai compris les paroles d’Hotel California dans un karaoké vietnamien – quelle angoisse cette chanson…


Cantuccini au parmesan, amandes et dattes



Pour une vingtaine de cantuccini
100 g de farine
1 œuf
50 g de parmesan frais râpé
50 g de dattes séchées
80 g d’amandes
2 g de graines de cumin (1 cc)
3 g de levure (1/4 de sachet)
1 g de bicarbonate
une grosse pincée de fleur de sel
poivre
1 jaune d’œuf

Faire torréfier les amandes à 180° une dizaines de minutes. Couper les dattes en petits morceaux (mais pas trop). Baisser le four à 150°.
Mélanger le parmesan et l’œuf, ajouter tous les ingrédients – amandes (refroidies) en dernier. Former un boudin de 5 cm de large et 2 cm de haut. Badigeonner de jaune d’œuf.
Enfourner 30 minutes.
Couper des tranches d’1cm de large environ – avec un gros couteau non dentelé et en plaçant la lame bien au-dessus de la pâte.
Remettre les tranches à plat au four pour15 minutes en surveillant.


Muffins chocolat noisette, cœur fondant


Pour 6 gros muffins
150 gr de farine
6 g de levure (1/2 sachet de levure)
50 gr de sucre
1 pincée de bicarbonate
1 oeuf
15 cL de lait
50 gr de beurre fondu
½ cc de vanille en poudre
50 g de noisettes entières torréfiées (15 minutes à 180°)
50 g de chocolat noir concassé
cœur : 6 petites cuillères à café de purée de noisette (Jean Hervé, en magasins bio)
6 carrés de chocolat au lait (30g)
(fleur de sel)

Préchauffer le four à 18o°.
Mélanger tous les ingrédients sec : farine, levure, bicarbonate, sucre, vanille, pépites de chocolat. Concasser grossièrement les noisettes – en réserver 6 pour la déco – et ajouter au mélange.Dans un autre saladier, mélanger le beurre fondu, l’œuf et le lait.Verser le mélange liquide sur le mélange sec et mélanger, toujours le moins possible pour les muffins – je sais, ça en stresse plus d’une, mais c’est comme ça.
Dans les moules à muffins, verser une cuillère à soupe de pâte, ajouter une cuillère à café de purée de noisette et un carré de chocolat au lait ; couvrir avec le restant de pâte et poser une noisette au-dessus.
Enfourner 20 minutes. Laisser refroidir sur une grille. (J’aime bien les parsemer d’un tout petit peu de fleur de sel juste à la sortie du four, ça donne un petit je-ne-sais-quoi)

A déguster encore un peu chauds/réchauffés, et accompagnés d’un café/thé, au petit-dej/goûter/fringale d’insomnie/apéro de départ pleurnichard.